En 2025, plus d’un million d’hectares ont brûlé dans l’Union européenne, dépassant le précédent record de 2017. En France, l’Office national des forêts a recensé quelque 30 000 hectares détruits, dont plus de 11 300 pour le seul incendie de Ribaute, dans l’Aude. Les besoins augmentent chaque été. Les livraisons s’éloignent.
Toulouse-Blagnac attend son prototype
Dans les prochaines semaines, un ATR 72 cargo doit rejoindre Toulouse-Blagnac. L’appareil appartient à la société ACIA-Aero Capital et sera mis à disposition de Kepplair Evolution, la start-up qui développe le Kepplair 72 avec Aerotec & Concept qui a investi 8 millions d’euros dans un bâtiment capable d’accueillir deux ATR 72 simultanément.
L’appareil sera converti en bombardier d’eau et équipé du système KEDS, pour Kepplair Evolution Delivery System. Ce dispositif, installé dans la soute, contrôle le largage de l’eau selon deux modes : en jet concentré à haute pression, ou en nappe continue sur la végétation. Il a été mis au point par Trotter Controls, spécialiste américain des systèmes de largage dont les équipements équipent notamment les Air Tractor, en partenariat avec l’Institut de mécanique des fluides de Toulouse. Un accord exclusif entre les deux sociétés a été signé le 25 mars 2026, lors du congrès Aerial Firefighting Europe à Rome.
Les premiers essais de largage sont attendus avant la fin de l’année. La certification de l’appareil par les autorités de l’aviation civile est prévue en 2027, les premières livraisons avant la saison des feux de la même année.
Trois ans contre dix
Concevoir un bombardier d’eau de zéro exige environ une décennie, c’est le délai auquel se heurtent les projets qui partent d’une feuille blanche. Kepplair Evolution a pris le parti de ne pas concevoir d’avion : la société prend une cellule existante et certifiée, l’ATR 72, le biturbopropulseur régional produit à Toulouse et opéré par des centaines de compagnies dans le monde, et la convertit en bombardier d’eau. Résultat annoncé : une mise sur le marché en trois ans.
L’appareil, baptisé « Forest Keeper », emporte 7,5 tonnes d’eau et se ravitaille au sol, auprès de camions-citernes. Il ne peut pas écoper sur un lac ou une rivière comme le font les Canadair : pour se recharger, il doit revenir vers une infrastructure au sol, ce qui réduit sa flexibilité opérationnelle sur certains terrains isolés. En contrepartie, ses promoteurs avancent des cycles de rechargement plus rapides lorsque l’infrastructure est disponible, et une polyvalence que les hydravions à écopage n’offrent pas : le même appareil peut être reconverti pour du transport cargo ou de l’évacuation sanitaire.
Pour crédibiliser le projet sur le plan technique, Kepplair Evolution a recruté Robert Lafontan, ancien ingénieur en chef d’Airbus, et Éric Delesalle, ancien chef pilote d’essai d’ATR. La société compte dix salariés, et son siège a été transféré à Toulouse en septembre 2025.
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