Pourquoi le bombardier d’eau russe Beriev Be-200 n’a pas convaincu lors ses essais en France en 2011Malgré ses capacités impressionnantes, l’avion russe de lutte contre les incendies Beriev Be-200 n’a pas convaincu lors d’essais en France en 2011, principalement en raison de contraintes opérationnelles. Les tensions géopolitiques des années 2014 et 2022 n’ont ensuite rien arrangé.
Sur le papier, l’avion Beriev Be-200 a tout de l’appareil de rêve dans la lutte contre les feux de forêts. Avec ses 12 tonnes d’eau d’emport, soit le double d’un Canadair, et sa vitesse de vol élevée, cet hydravion amphibie à réaction conçu en Russie n’est pourtant pas le bienvenu dans le ciel français.
De quoi en faire rager certains sur les réseaux sociaux alors qu’une partie de la Gironde brûle depuis près de six jours. « Si les gouvernants français étaient moins débiles, la Russie aurait pu apporter une grande aide », peut-on par exemple lire sur X.
Le Beriev Be-200 a pourtant eu sa chance en France. À l’été 2011, les autorités décident de mettre l’appareil à l’essai en conditions réelles. Pendant un mois, un avion est envoyé à Marseille, piloté par un équipage composé de Russes et d’un Français et engagé contre des incendies.
Pas mauvais mais mal adapté« Cet avion, alloué à la France pour une durée déterminée depuis le 29 juin 2011 et à hauteur de 50 heures de vol, a survolé il y a quelques jours les côtes des Alpes-Maritimes pour une opération de repérage, indiquait le SDIS 06 à l’époque. L’objectif de cette expérimentation était d’étudier la capacité opérationnelle de l’avion dans les missions de lutte contre les feux de forêts en France » avant un éventuel achat.
Mais l’expérimentation s’est avérée décevante. « Sans qu’il ait été dévoilé publiquement, les rumeurs font état d’un rapport final négatif des pilotes de la Sécurité Civile », écrivait en 2016 le journaliste aéronautique Frédéric Marsaly sur son blog 09-27.
Avec ses 12 tonnes d’eau d’emport, soit le double d’un Canadair, cet hydravion amphibie russe est mal adapté à la topographie française. - SOOC via AFPCe spécialiste évoquait alors une consommation de carburant très élevée « obligeant à limiter la charge utile au profit du carburant pour disposer d’une autonomie convenable », un pilotage compliqué à basse vitesse et basse altitude dans les vallées françaises, un manque de précision pendant les largages... Il a aussi besoin d’une distance d’écopage plus importante que le Canadair, ce qui ne lui permet pas de faire le plein d’eau n’importe où.
La qualité du Beriev Be-200 n’est ainsi pas remise en cause mais il ne correspond pas à la topographie du sud de la France. « Le Be-200 n’a pas été abandonné parce qu’il était mauvais, mais parce qu’il répondait imparfaitement aux besoins », résume le compte X « Le Mot de Cambronne », habitué à commenter l’actualité.
Tensions géopolitiquesAutre faiblesse du Beriev Be-200, sa fabrication en... Russie. Après l’annexion de la Crimée en 2014, les relations se tendent fortement entre Moscou et les capitales européennes. La France renonce à la vente des porte-hélicoptères Mistral et « il est clairement difficile d’envisager sérieusement, à court voire moyen terme, l’acquisition d’appareils d’origine russe », observait encore Frédéric Marsaly.
L’invasion de l’Ukraine viendra définitivement enterrer l’avenir du Beriev Be-200 avec la révocation en mars 2022 par l’Union européenne de toutes les certifications d’avions russes, qui n’ont donc plus le droit de voler dans le ciel européen. Pour le constructeur Beriev Aircraft Company, c’est un clou de plus dans le cercueil : une vingtaine d’appareil auront été construits en près de 30 ans, très loin des 500 initialement espérés.