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Incendies : un homme jeune, impulsif et socialement isolé… Le profil psychologique d’un pyromane dépeint par un psychiatre
Alors qu’un jeune pompier volontaire a été mis en examen pour un départ de feu en forêt de Fontainebleau, le psychiatre Laurent Layet analyse les mécanismes de la pyromanie
Les pyromanes sont atteints d’un trouble mental « du contrôle des impulsions », ce qui ne les empêche pas d’avoir en général « conscience » de leurs actes, explique Laurent Layet, médecin psychiatre et expert auprès de la Cour de cassation.
Un pompier volontaire de 18 ans, suspecté d’un départ de feu dans la forêt de Fontainebleau, en partie ravagée par les flammes, a été mis en examen et écroué mercredi. Il a, selon la procureure, d’abord reconnu avoir « mis le feu à des brindilles avec un briquet et de l’essence », avant de revenir sur ses aveux.
Qu’est-ce qui distingue un pyromane d’un incendiaire ?
Il y a un groupe, très hétérogène, que l’on appelle les incendiaires, c’est-à -dire des gens qui mettent volontairement le feu. La grande majorité d’entre eux, environ 95 %, vont le faire pour un objectif précis : pour se venger, pour des raisons financières, politiques… Et puis, au sein des incendiaires, il y a un tout petit sous-groupe - 3 à 5 %, c’est difficile à évaluer - qui va mettre le feu par fascination pour le feu : les pyromanes.
La pyromanie est un trouble du contrôle des impulsions. Contrairement, par exemple, à un épisode dépressif, que l’on peut soigner avec de la psychothérapie ou des antidépresseurs, les troubles du contrôle des impulsions ne se guérissent pas. On ne peut donc pas les classer au sens des maladies classiques, c’est davantage quelque chose qui a trait au fonctionnement (de l’individu) et à la personnalité.
Existe-t-il un profil type ?
Je parlerais plutôt de points communs. Ce sont souvent des hommes, plutôt jeunes, chez qui on retrouve par exemple un certain degré d’impulsivité. L’impulsivité signifie qu’il y a une prédominance de l’agir sur la réflexion. Donc quand ces personnes sont soumises à des pressions extérieures, à des facteurs de stress, elles vont plutôt répondre par l’agir.
Ce sont aussi souvent des hommes ayant une estime d’eux-mêmes assez fragile et isolés socialement. Cela ne veut pas dire qu’ils sont en dehors de la société, mais plutôt que leur support social manque un peu. Ainsi, s’ils sont soumis à des aléas, ils vont devoir gérer ça un peu tout seuls.
Qu’est-ce qui conduit au passage à l’acte ?
Des facteurs de stress extérieurs - comme une rupture, la perte d’un emploi - vont créer un phénomène de tension interne, or le pyromane, on l’a dit, dispose d’assez peu de moyens psychiques pour l’évacuer. (Le passage à l’acte) peut être attisé par ce qu’il va voir dans les médias : s’il est exposé à des contenus évoquant des incendies, cela va faire écho. Ou par le fait de consommer un peu d’alcool ou de cannabis, qui vont jouer un rôle désinhibiteur.
La tension ne va cesser d’augmenter jusqu’à une sorte d’apogée, où ils vont déclencher des départs de feu. Ça va créer une satisfaction, évacuer la déconvenue intérieure, et puis ça va redescendre. C’est pour prolonger un peu leur contact avec le feu que, souvent, les pyromanes participent aux secours. Cette séquence, elle va être susceptible de se répéter. Cela ne signifie pas qu’un pyromane va mettre le feu tout au long de sa vie, mais que par périodes les facteurs de risque situationnels peuvent être à nouveau réunis.
Avant de passer à l’acte, est-ce que le pyromane met en place une stratégie ?
Il est conscient qu’il transgresse un interdit et il est conscient aussi que si son feu se résume à un petit feu de broussaille, ça ne va pas créer chez lui une satisfaction ou une excitation très importante. Donc souvent ils connaissent le secteur, le lieu, l’écosystème… Et ils vont allumer simultanément plusieurs départs, pour être sûr que ça prend.
Les pyromanes peuvent-ils être considérés comme pénalement irresponsables par la justice ?
La plupart du temps, en tout cas dans les cas que j’ai eus à examiner, ils ont été reconnus comme ayant leur plein discernement. Donc la plupart n’étaient pas déclarés irresponsables pénalement. Si toutes les personnes qui avaient des pulsions passaient à l’acte, la société serait quand même très en difficulté.
https://www.sudouest.fr/faits-divers/in ... 959081.php