Pourquoi Aurillac a décidé de rebaptiser son aéroport ?
Dans l’émotion, l’aéroport de Tronquières a changé de nom, officiellement, ce jeudi 11 décembre 2025.
Isabelle Lantuéjoul, Hervé Demai et Pierre Mathonnier, dévoilent la plaque Marie Marvingt. ©Marie BoudonTout commence par une montée des marches, ce jeudi 11 décembre 2025. Le brouillard matinal d’Orly a cloué au sol le vol Aurillac – Paris, « la nature a ses raisons », sourit Yann Delbort, responsable sécurité de l’aéroport. À 15 mètres au-dessus du tarmac, dans la tour de contrôle, il présente son univers aux élus et à la presse venus assister au baptême du nouveau nom de l’aéroport.
Il se nomme, désormais, Marie Marvingt : une piste de 1 700 m, conçue pour accueillir ATR 42 et ATR 72, un aéroport exploité en propre depuis 2009, et 21 professionnels (agents AFIS et agents de sûreté du privé) veillant au fonctionnement quotidien, de l’enregistrement des passagers à la sécurité de piste.
« Nos pompiers s’assurent qu’aucun oiseau n’est présent avant un atterrissage, ils dégivrent, chargent l’avion, vérifient le carburant, assurent la maintenance de premier niveau » , détaille-t-il.
Un travail d’équipe, minutieux, invisible et pourtant essentiel.
Yann Delbort dans la tour de contrôle. ©Marie BoudonLa “fiancée du danger” à l’honneur
À l’extérieur, les élus, les agents et les invités se rassemblent. Pierre Mathonier, président d’Aurillac Agglo, prend la parole devant la façade encore couverte : « Aujourd’hui, nous baptisons notre aéroport du nom d’une femme d’exception, une pionnière de l’aviation et une figure aurillacoise trop longtemps oubliée. Marie Marvingt a promu l’aviation et le rôle des femmes dans des domaines où la société n’était pas prête à les accueillir ».
Il rappelle l’importance stratégique de la ligne Aurillac – Paris : « Le même nombre de passagers qu’en 2024, malgré deux rotations hebdomadaires en moins, c’est une preuve : cette liaison est vitale. Elle soutient notre économie, notre attractivité, nos entreprises ».
Une plaque en l’honneur de l’aviatrice, pionnière, visionnaire et Aurillacoise Marie Marvingt. ©Marie BoudonÉmotion partagée, plaque dévoiléeLe moment tant attendu arrive. Les élus s’avancent devant le petit drap blanc sur le mur extérieur de l’aéroport.
D’un geste sec, Pierre Mathonier dévoile la plaque. L’aéroport de Tronquières n’existe plus. “Aéroport Aurillac Marie Marvingt”. Les regards s’attardent. Dans le vent froid, c’est une page d’histoire qui se tourne.
Aéroport rebaptisé Marie Marvingt. ©Marie Boudon
« Une femme qui a su prendre de la hauteur »Isabelle Lantuéjoul, vice-présidente du Conseil départemental, poursuit : « Marie Marvingt, c’est une femme qui a su prendre de la hauteur, au sens propre comme au figuré. Elle avait plusieurs brevets : avion, dirigeable, montgolfière, hélicoptère. Une pionnière. Une audace rare pour son époque. Je rappelle qu’elle est née en 1875 ».
Elle insiste : « Cette ligne est indispensable au développement du Cantal. Département, Agglo et État resteront unis pour la soutenir ».
L’ATR de la ligne Aurillac-Orly sur le Tarmac de l’aéroport Marie Marvingt. ©Marie BoudonUne “ligne de vie”, un héritage retrouvéPour Hervé Demai, secrétaire général de la Préfecture du Cantal : « Cette liaison est une ligne de vie entre Aurillac et Paris, et bien au-delà. Une infrastructure stratégique, au même titre que nos richesses naturelles ».
Il revient sur la vie incroyable de celle que l’on surnommait aussi “Marie casse-cou” : première femme au monde à obtenir un permis de conduire, pionnière du vol sanitaire durant la Première Guerre mondiale, grande sportive, infirmière militaire, et même combattante infiltrée déguisée en homme.
Un jour chargé de sens et de symbolesLorsque les derniers mots résonnent, dans la salle d’embarquement, les passagers en transit s’agitent. On dit que le brouillard parisien s’est dissipé. Les voyageurs vont pouvoir décoller. À quelques mètres, l’ATR vrombi, prêt à inscrire sur son plan de vol une mention nouvelle : Aéroport Aurillac Marie Marvingt.
Une manière de rappeler que, parfois, les territoires grandissent en renouant avec leurs héroïnes.